Des traces dans la neige… résolvons l’énigme !
Le 29 décembre 2021

Chronique Nature #1
par Vincent Henn, accompagnateur en montagne

Nous inaugurons cette nouvelle chronique avec un sujet bien de saison… Vincent, fin observateur de la faune du Vercors et du Diois, nous livre quelques conseils éclairés pour bien s’y prendre devant des empreintes d’animaux qui nous laissent parfois perplexes.

Comment s’y prendre pour identifier des traces d’animaux ?

Inutile de sortir trop vite quand la neige vient de tomber : les animaux attendent généralement quelques heures pour sortir de leur cachette… et marquer le beau tapis blanc ! La neige profonde et poudreuse, si elle plaît aux skieurs, permet rarement d’avoir de belles traces bien nettes. Rien de telle qu’une petite couche d’une dizaine de centimètres tombée il y a 24-48h. 

Règle n°1 : pour identifier une trace, ne pas aller trop vite !

Lorsque l’on commence le pistage, on veut souvent connaître tout de suite l’espèce qui a laissé une trace. Or c’est comme une énigme policière : il faut ramasser tous les indices, faire des hypothèses, vérifier une idée… pour parfois ne pas conclure !

Règle n°2 : identifier la taille de l’animal 

Quand on voit une trace de mulot, ça ne peut pas être un renard, ni un loup ! Pour cela, lorsque l’on photographie une trace, il est extrêmement important d’avoir un repère pour conserver l’échelle. On peut rajouter une pièce de monnaie, un briquet, une règle…

traces de loup dans le Vercors

Règle n°3 : essayer d’identifier le type d’empreinte laissée

On en distingue quatre principaux : 

  • des pattes d’oiseaux, avec quatre doigts munis de griffes
  • des sabots
  • des pelotes
  • des mains, munies de longs doigts

Ces types correspondent à des grande familles d’animaux : 

  • les oiseaux
  • les ongulés comme le chevreuil, le cerf, le chamois…
  • les digitigrades (qui marchent sur leur doigts), comme les canidés (le renard et le loup), les félidés (lynx, chat sauvage) et certains mustélidés (belette, martre, fouine)
  • les plantigrades (qui marchent sur la plante de leur pied), comme l’homme (mais rarement pieds nus dans la neige… c’est froid !!), l’ours ou le blaireau

Règle n°4 : regarder la voie

Il ne faut pas uniquement regarder une empreinte, c’est-à-dire la trace laissée par un pied, mais aussi la voie, c’est à dire l’ensemble des empreintes de l’animal. Cela va donner des indications sur la manière dont l’animal pose ses pieds au sol mais aussi son allure : est-ce qu’il marche, trotte ou galope ?

Ce sont tous ces éléments qui vont nous aider à découvrir qui est passé par là.

Quelles sont les traces les plus faciles à identifier sans se tromper ?

Personnellement j’aime beaucoup les traces laissées par l’écureuil. Elles sont assez faciles à reconnaître par leur taille assez petite, leur parfaite symétrie. L’écureuil se déplace toujours par bonds, les pattes droite et gauche au même niveau, et laisse des empreintes montrant bien les doigts (c’est un plantigrade).

Les traces de loups ressemblent à s’y méprendre à des traces de chiens, font une dizaine de centimètre de large. Pour les distinguer, il faut regarder la piste qui montre des enjambées de près d’un mètre et surtout qui est très rectiligne avec un parfait recouvrement entre des pattes antérieures par les postérieures. On pourrait avoir l’impression que l’animal marche sur deux pattes. Lorsque le loup se déplace en meute, c’est encore plus facile : ils se suivent si précisément qu’on ne voit qu’une trace, puis il y a une bifurcation et on découvre qu’ils étaient plusieurs !

Que nous apprennent les traces sur le mode de vie des animaux ?

En hiver, quand la neige recouvre le sol, les animaux nous laissent beaucoup plus de traces que le reste de l’année. Nul besoin d’avoir été initié par un sioux pour voir une piste laissée par un chevreuil, un renard ou bouquetin… voire toute une meute de loups !

Ces traces nous montrent leur présence… et surtout leur discrétion ! Parce qu’en général, au même endroit en été, nous ne voyons personne ! Preuve que ces mêmes animaux savent bien se cacher et vivent tout près de nous !

Nous pouvons facilement suivre leurs déplacements : un écureuil va passer du bas d’un arbre à un autre (où il aura caché de la nourriture) et on peut suivre les errements d’un renard dans un champ cherchant un mulot qu’il entend sous la neige.

Comment ne pas déranger la faune en hiver ?

L’hiver est une période délicate pour les animaux. On pense souvent au froid, parce que pour nous humains, c’est ce qui nous marque le plus ! En fait, les animaux sont plutôt bien équipés pour s’en protéger, du moins les mammifères et les oiseaux : un bon poil, un bon duvet ! D’ailleurs nos ancêtres ne s’y sont pas trompés en utilisant les peaux de bêtes pour se couvrir et la mode actuelle des doudounes en duvet le montre également !

Ce qui devient difficile en hiver c’est surtout trouver à manger : l’herbe grasse de l’été a fané et se retrouve enfouie sous la neige, les fruits de la fin de l’été ou de l’automne viennent à manquer. Enfin, les insectes, incapables de réguler leur température interne, passent généralement l’hiver sous la forme de larve, bien cachés sous terre. 

En hiver encore plus que le reste de l’année, tout dérangement va coûter de l’énergie à un animal, surtout s’il y a de la neige et que, surpris, il doit s’enfuir rapidement. Une bonne façon de faire est donc toujours d’observer les animaux de loin avec des jumelles et une lunette d’observation. Si l’on trouve une trace d’animal, une bonne idée est de ne pas la suivre dans le sens de la marche, en espérant tomber sur l’animal, mais plutôt de « remonter » la trace dans le sens inverse, sans aucun risque de déranger l’animal. 

écureuil en hiver

En hiver encore plus que le reste de l’année, tout dérangement va coûter de l’énergie à un animal, surtout s’il y a de la neige et que, surpris, il doit s’enfuir rapidement. Une bonne façon de faire est donc toujours d’observer les animaux de loin avec des jumelles et une lunette d’observation. Si l’on trouve une trace d’animal, une bonne idée est de ne pas la suivre dans le sens de la marche, en espérant tomber sur l’animal, mais plutôt de « remonter » la trace dans le sens inverse, sans aucun risque de déranger l’animal. 

Paradoxalement, il peut être judicieux de ne pas être trop discret et faire du bruit… pour éviter de surprendre un animal qui pourra s’éloigner tranquillement, plutôt que devoir s’échapper en dépensant une grande énergie si on le surprend au dernier moment…